Bangladesh

C’est grâce à la rencontre, en novembre 2017, de l’orthopédiste françaisThierry Craviari, venu à Tilff  fêter une amie commune, que nous avons été sensibilisés au sort des enfants atteints de rachitisme à Chakaria.

Dans la région côtière de Cox’s Bazar, au Sud-Est du Bangladesh, une nouvelle maladie est en effet apparue il y a une trentaine d’années. Il s’agit d’un rachitisme particulier, sans carence vitaminée, dû à des problèmes nutritionnels complexes.

Ce rachitisme entraîne des déformations des jambes qui peuvent à terme rendre la marche impossible. C’est une cause supplémentaire de handicap, dans un pays qui compte déjà 10 % d’enfants handicapés et où le handicap est aussi un fléau social.

Aide Médicale et Développement (AMD) se bat depuis 2001 pour ces enfants. Le programme mis en place prend en charge aussi d’autres types de pathologies que le rachitisme comme les séquelles de brûlures ou de poliomyélites, les pieds-bots … Les activités reposent sur un centre créé par AMD à Chakaria : le « Centre du handicap » qui grâce à son équipe locale tente d’apporter des solutions pour la prévention et le traitement de ces pathologies lourdes de conséquences. Ce centre  comprend actuellement des salles de consultations et de kinésithérapie, un service de radiologie ainsi qu’un atelier d’appareillage. Aujourd’hui, 4 kinésithérapeutes, 4 travailleurs sociaux et 3 appareilleurs ont été formés par AMD en collaboration avec Kinésithérapeutes du Monde (KDM). Une équipe d’agents de santé  effectue le dépistage dans les villages ainsi que de l’éducation nutritionnelle.

 La recherche
La connaissance et la compréhension de ce rachitisme sans carence vitaminée sont capitales pour prévenir et soigner cette affection.   Des études sont donc menées sur les causes et le traitement du rachitisme. En 2004,  un groupe de recherche sur le rachitisme a été mis en place et  réunit les meilleurs spécialistes internationaux du rachitisme, pour faire reconnaître le rachitisme comme un problème de santé publique au Bangladesh et  faire progresser la connaissance de la maladie.
La prévention
Prévenir le rachitisme est aujourd’hui une urgence car la maladie s’étend et touche déjà près de 10 % des enfants. Il devient donc impossible de traiter tous les cas et la prévention est la principale arme pour faire reculer la maladie. En collaboration avec les écoles, les dispensaires gouvernementaux et les organisations locales,  un large réseau de prévention et de dépistage précoce du rachitisme a été mis en place depuis 2007. Il s’appuie sur des agents de santé spécialement formés. A un stade précoce, des améliorations peuvent être obtenues simplement par l’augmentation du calcium dans l’alimentation : c’est le rôle du conseil nutritionnel. A un stade plus avancé de la maladie, le traitement devient plus complexe et coûteux, mais reste possible grâce à l’administration de calcium et parfois de vitamine D.
Les soins médicaux
séance de kinésithérapie
La consultation, assurée en grande partie de façon autonome par l’équipe locale, permet de soigner des milliers d’enfants handicapés. Pour le rachitisme, un protocole de traitement a été mis au point en fonction de l’âge des enfants et de l’importance de la déformation : conseil nutritionnel, apport de calcium, attelles, chirurgie. Pour les autres causes de handicap (pieds bots, brûlures, poliomyélites, fractures, infirmités motrices d’origine cérébrale…) des soins de kinésithérapie sont réalisés. AMD et KDM ont mis en place dans le centre un atelier qui produit localement différents appareillages : chaussures orthopédiques, attelles, béquilles, fauteuils roulants…
La chirurgie
opération chirurgicale

Les enfants les plus atteints relèvent d’un traitement chirurgical. Depuis 2002, 50 à 60 enfants sont opérés chaque année à Chittagong pour des pathologies curables : rachitisme, pied bot, séquelles de brûlures, de poliomyélite, de fractures, d’infections… Une équipe de chirurgiens et d’anesthésistes d’AMD coordonnée par le Docteur Craviari effectue une mission annuelle de plusieurs mois, afin de traiter les cas lourds qui ont été dépistés au cours de l’année. Ces opérations transforment la vie des enfants.

L’autonomisation du centre
AMD vise à autonomiser ses partenaires locaux dans un souci de « Développement ». . Un recouvrement local équitable des coûts des soins est encouragé, afin de permettre au centre de participer à ses propres recettes et à ses propres dépenses. Il s’appuie sur la participation des familles aux coûts des soins, en fonction de leurs moyens financiers. Le centre propose aussi des soins payants de kinésithérapie pour adultes. Cependant, compte tenu de l’immense pauvreté de la population, en particulier des familles atteintes par le rachitisme, il  est nécessaire de prendre en charge beaucoup de ces traitements ainsi que les opérations chirurgicales.
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